Manipulation des emprunts islamiques en langue française

(Article expérimental qui peut servir d'échantillon méthodolgique pour les analyses linguistiques des corpus islamiques en français)

Dr Aboû Fahîma ‘Abd Ar-Rahmên AYAD
Maître de conférences en sciences du langage
Doctorat sur la terminologie islamique en langue française
Études universitaires en sciences islamiques et en traduction

L’emprunt linguistique est un des procédés de formation du lexique. Les emprunts sont des mots que les langues dites cibles reçoivent des langues étrangères, dites sources. Les linguistes les classent communément dans le troisième stade d’intégration dans le lexique. Ils considèrent les mots d’emprunt comme un moyen d’enrichissement des langues, et « un mécanisme d’évolution linguistique ». L’emprunt est véhiculé par les avancées technologiques et les découvertes scientifiques, mais aussi par les différences culturelles entre les peuples et les langues.
Ainsi, quand un emprunt est reçu dans la langue par le fait de l’effet culturel, il s’agira donc d’un emprunt dit connotatif. Et quand c’est l’essor technologique qui en est le vecteur, il sera nommé emprunt dénotatif.
Cela dit, la règle générale de l’installation d’un emprunt dans une langue s’inscrit dans la nécessité et le besoin du sujet parlant à s’exprimer et communiquer des notions nouvelles, inconnues dans sa propre langue. Ce constat est explicitement rendu par Louis-Jean Calvet qui écrit :
« Les locuteurs se trouvent confrontés à une réalité ou à une pratique que leur langue ne nomme pas et ils utilisent pour le faire un mot d’une autre langue. »
Notre corpus a attesté plusieurs termes d’emprunt dont nous citons ceux de Coran et d’islam.
1. Le mot Coran est un terme qui est cité une multitude de fois dans notre corpus. Sur le plan lexical et morphologique, le terme Coran est un emprunt reçu de la langue arabe. C’est une refonte faite sur le terme Qour’ên. Une adaptation phonétique du mot selon le système phonologique français a été effectuée. La définition donnée par le TLF est nonobstant divergente à plus d’un égard avec les sens identifiés du corpus, tel que
le montrent les énoncés-versets que nous prélèverons ci-après :
En voici à présent les définitions rendues par le TLF :
A.− Livre sacré des musulmans, recueil de prédications de Mahomet, à caractère à la fois prophétique et législatif, qui constitue la base de la vie religieuse et politique de l'État théocratique musulman. Calligraphie, enluminure du Coran ; lire le Coran. Un petit mur orné de sentences du Koran (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 149). Psalmodier des versets du Coran.
− Loc. Lecteurs ou porteurs du Coran.
− La Mère du Coran, l'Introduction ou le Chapitre suffisant, qui peut remplacer tous les autres ; c'est comme le Pater des musulmans. Les lois du Coran (vieilli). L'Islam.
B.− Par métonymie
1. Exemplaire du Coran. Marchande.
2. La loi religieuse et politique des musulmans, contenue dans le Coran.
− Par métaphore Tel est le désert. Un Coran, qui n'est qu'une règle de jeu.
− Loc., vx. Disciples du Coran.
C.− Par analogie
1. Livre de chevet ; ouvrage de référence habituelle. Synon. Bible.
2. Code moral ou religieux d'une personne.
En contrepartie, voici quelques versets-énoncés où ce terme est mentionné dans le corpus :
- E. 1 : « (Ces jours sont) le mois de Ramadân au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. » (Sourate La Vache, v. 185).
- E. 2 : « Ne méditent-ils donc pas sur le Coran ? S’il provenait d’un autre qu’Allah, ils y trouveraient certes maintes contradictions ! » (Sourate Les Femmes, v. 82).
- E. 3 : « Ne méditent-ils pas sur le Coran ? Ou y a-t-il des cadenas sur leurs cœurs ? » (Sourate Mouhammed, v. 24).
- E. 4 : « Ce Coran n’est nullement à être forgé en dehors d’Allah mais c’est la confirmation de ce qui existait déjà avant lui, et l’exposé détaillé du Livre en quoi il n’y a pas de doute, venu du Seigneur de l’Univers. » (Sourate Joseph, v. 10).

Comments

Be the first to add a comment