Nous pouvons par contre interpréter un tel réglage ou adaptation sémantique fait dans le TLF par l’influence du fait socioculturel et religieux chrétien ou idéologique sur le fait linguistique et lexical. L’univers de croyance des concepteurs du TLF, ou plus exactement des auteurs des corpus dont s’en est servi le TLF, pourrait donc être à l’origine d’une telle « manœuvre » ou détour lexical. Autrement dit, il parait que les rédacteurs du TLF se soient basés sur des corpus écrits par des non-musulmans non spécialistes pour construire une définition du Coran… Au fait, après avoir vérifié les documents auxquels les concepteurs du TLF se sont référés pour « confectionner » leur définition, nous confirmons notre hypothèse. En voici quelques-unes de leurs références : (Alfred de Vigny, Servitude et grandeur militaire, Maurice Barrès, Mes cahiers, Chateaubrilland, Le Génie du christianisme, etc.).
Cependant, on pourrait justifier une telle démarche par le fait que ce n’est pas le TLF qui a emprunté le terme de Coran à la langue arabe, mais c’est la langue française, ou les Français, plus exactement. C’est dire que la définition reprise par le TLF préexistait à sa lexicalisation.
Pourtant, une telle allégation ne saurait prétendre à la scientificité, car le rôle des lexicographes est bien évidement de définir les mots d’emprunts en se basant sur une stratégie étudiée du point de vue lexicologique et herméneutique.
Faisons remarquer enfin que tellement les imprécisions et ambigüités marquant les définitions du terme de Coran rendues par certains dictionnaires de langue, dont le TLF, comme nous venons de le démontrer, beaucoup d’auteurs et de traducteurs français et francophones, dont l’auteur de notre corpus, sont plutôt enclins à l’utilisation dans leurs écrits de la forme xénitique Qour’ân. Ils renoncent en fait à l’emprunt Coran, pour justement contourner ce problème terminologique.
2. Le mot islam. C’est un emprunt fait à la langue arabe à une date très ancienne. D’après la rubrique étymologique du CNRTL qui accueille le TLF, ce mot islam est introduit dans la langue française en 1697, avec comme définition à cette époque « Religion, et pour le pays des Mahometans. » Celle-ci est la définition étymologique. Or, dans le sens actuel que ce dictionnaire confère à islam, nous trouvons toujours la base de la définition historique ou étymologique, mais remaniée. Le contenu définitionnel demeure le même. Celui-ci est donné ainsi :
A. − Religion des musulmans, prêchée par Mahomet et fondée sur le Coran.
B. − [Islam écrit avec initiale majuscule] Ensemble des peuples qui professent cette religion ; la civilisation qui les caractérise.
Dans cette définition, les caractéristiques de restriction du sens qui caractérisent d’ordinaire les mots d’emprunt récents sont toujours relevables, alors que le terme d’islam « séjourne » en langue française depuis presque cinq siècles. Voire, ce n’est plus un séjour d’un terme voyageur qui venait de s’installer après un long voyage, mais c’est bien une unité lexicale qui s’est bien adaptée à la langue, à son système morphophonologique, et qui avec une telle intégration, l’insertion dans la langue sur le plan du sens devait être au niveau de son insertion sur le plan morphologique et phonétique. Car il est décidément, et depuis bien longtemps, partie intégrante de la langue, et autour duquel une famille de mots est constituée, que sont les morphèmes dérivés de cette base islam dans toutes les classes grammaticales, et ayant une place bien précise dans le discours. C’est pourquoi nous trouvons les mots : musulman-e (subst. et adj., masc. et fém.), islamique (adj.), islamiquement (adv.), islamiser (v.), islamisation (n. d’action), islamisme (subst. masc.), désislamiser, réislamiser (v. avec préfixes de privation et de répétition), islamité (nom statif), etc.

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