Définitions de concepts-clés en linguistique et sciences du langage : 6.
Regards critiques sur le Cours de linguistique générale (CLG) de Saussure ainsi que sur quelques-uns de ses concepts fondateurs
Dr Abderrahmane AYAD
Maitre de conférences, HDR, en sciences du langage
IMPORTANT pour les étudiants en langue arabe, en langue étrangères, en traduction et SUROUT ceux qui se spécialisent en sciences du langage
Remarque : Les astérisques (*) suivant certains concepts signifient que ces derniers sont définis dans le dictionnaire.
La linguistique, en tant que discipline reconnue par l’épistémologie, ne s’est imposée qu’après qu'avec l'enseignement de Saussure, et tout justement suite à la genèse postérieure de son Cours de linguistique générale en 1916.
Jusqu’au 20ème s., on s’intéressa à l’évolution* des langues dans le temps* et aux liens de parenté les unissant. Critiquant les défauts de la linguistique historique, F. de Saussure bâtit son Cours de linguistique générale, publié en 1916 par ses deux disciples Charles Bally et Albert Sechehay et à partir duquel s’élabora toute la linguistique moderne. C’est une œuvre posthume, réunie des notes de ses disciples. Saussure a posé les concepts fondamentaux : synchronie*, système*, distinction entre langue* et parole*, etc. HACHETTE dictionnaire encyclopédique illustré 2000, entrée « linguistique » : 1095-1096).
Cependant, il importe de faire remarquer que cet ouvrage a fait l’objet de plusieurs critiques. Voire, la linguistique saussurienne a reçu de manière générale beaucoup de reproches. Ont ainsi été relevées quelques contradictions, précisément dans le CLG.
Pami ces dernières :
-Le fait, tel qu’il nous est apparu, d’avoir défini la langue comme « un produit social » et avoir a contrario attribué à la linguistique le seul objet d’« étude de la langue en elle-même et pour elle-même » ; autrement, en faisant table rase de toute la dimension sociale et sociologique de la langue, ce qui pose en fait un sérieux problème méthodologique dans l’analyse des faits linguistiques et extralinguistiques.
-Des lacunes telle que la négligence de la dimension énonciative de la langue, et de s’être intéressé à la parole tout en omettant le locuteur, pourtant producteur de la parole !
-La séparation même qu’il a faite du langage et de la langue, et ayant conçu celle-ci comme un fait social extérieur à l’homme, etc.
-La staticité de la linguistique par le fait d’avoir exclu le volet historique de la langue et s’être majoritairement préoccupé de la synchronie.
-Des « dérapages » dont nous avons eu l’occasion de constater, notamment le rejet de la question de l’origine du langage et des langues, son adoption du principe darwinien de l’évolution et que l’homme était comme un simple animal privé de langage et de parole criant dans la nature…
-Cette dernière conception saussurienne sous-entend que les premiers hommes vivaient hors société.
-Elle suggère également que l’être humain était privé de langage, donc de pensée !
-Cette allégation saussurienne, la science expérimentale demeure à ce jour incapable de la démontrer, ce qui va, et cela va de soi, à l’encontre de la démarche scientifique empirique, qui celle-ci même étant cependant fortement revendiquée par Saussure, que seuls les faits prouvés et vérifiés intéressent sa linguistique.
Par-là, depuis déjà les toutes premières années de la parution du CLG, plusieurs linguistes ont exprimé leur suspicion à son sujet. Certains sont même allés à remettre en cause le fait que beaucoup d’idées qui y sont énoncées soient réellement celles de Saussure ; d’autres se sont attelés à le décortiquer et rendre compte de ses défectuosités.
Font partie de ces éminents linguistes et penseurs contemporains de Saussure : Antoine Meillet (1866-1936), Mikhaïl Bakhtine (1895-1975), Motoki Tokiéda (1900-1967), Émile Benveniste (1902-1976), Roland Barthes (1915-1980), Robert Lafont (1923-2009), Michel Foucault (1926-1984), William Labov (1927-2024), etc.

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