La linguistique est une discipline scientifique, car elle a reçu son statut de scientificité depuis la publication du Cours de Saussure en 1916 (Dubois 1994 : 285), et du fait de son paradigme de recherche qui est le même que celui des sciences expérimentales. Comme font les scientifiques dans ces dernières, en linguistique, le linguiste* ou le chercheur se base dans son étude des faits linguistiques sur l’observation, formule des hypothèses*, les soumet à l’analyse* et en aboutit aux résultats. Il passe enfin au dernier stade, qui est celui de la théorisation. Celle-ci implique bien entendu un processus bien déterminé et très rigoureux. C’est ainsi qu’elle est une science empirique.
La linguistique est avant toute chose une discip-line empirique : elle porte sur un objet — les langues et le langage — qui préexiste à son étude. Le langage ordinaire (on dit aussi les « langues naturelles » — le français, l’anglais, le lingala…) n’a nul besoin du linguiste pour être. Le premier objectif est ainsi de décrire ce que la réalité lui propose. Mais ce qu’il faut d’emblée comprendre, c’est que la langue (le français, l’anglais…) n’est pas directement observable. Ce que nous pouvons observer, ce sont des productions langagières, des phrases en français ou en anglais, et non le français ou l’anglais en soi, c'est-à-dire le système qui rend ces productions possibles. Empreintes dans le cerveau de ceux qui la parlent, une langue n’est accessible qu’à travers ses effets. Cela revient à dire que la langue en soi, inappropriée à l’observation directe, ne peut être que l’objet d’une construction théorique. La linguistique est forcément une science théorisante. (R. Martin, Comprendre la linguist-ique 2002 : 5-6).
La pensée linguistique existait depuis l'antiquité, telles que le montrent les réflexions de Platon (au 5ème S. avant l’ère commune) sur la nature de la langue, et même bien avant Platon, il y eut aussi (au 12ème S. avant J.) les préoccupations religieuses ayant la langue pour matière. C'était une très tradition très lointaine des grammairiens hindous, qui s’attelèrent à la description minutieuse de la langue sacrée de l’Inde ancienne : le sanskrit, et dont les Huit Livres de Panini en témoignent.
Du côté des Arabes également, d’innombrables travaux ont été réalisés depuis la fin du 7ème siècle avec notamment le lexicogra-phe et métricien El Khalîl Ibn Ahmed El Farâhîdi (718-791), qui confectionna le premier dictionnaire arabe dans l’histoire musulmane, et qu’il nomma Kitêb El ‘Eyn (Le livre source). Il a été publié en imprimerie à Bagdad en Irak entre 1980 et 1985 et comportait alors 8 volumes. El Khalîl est aussi connu pour être le premier savant à avoir initié la métrique arabe en tant que discipline auto-nome, qui traite des rythmes poétiques. Et avant El Khalîl Ibn Ahmed, il y eu un éminent savant, Aboû El Aswed Ad-Dou’èlî (603/688), père de la grammaire arabe et c’est à lui également que revient le mérite d’avoir introduit les voyelles ou diacritiques* sur les lettres arabes, afin de préserver une prononciation correcte des sons et des mots. Son œuvre s’inscrivant dans le domaine de la phonétique articula-toire* et de l’orthoépie* lui vaut en fait d’être le premier phonéticien arabe. D’autres grands noms de linguistes ayant servi la langue ont été aussi enregistrés par l’histoire, tels que Ibn Mêlik (711/795), El Kèssê’î (737/805), Sîbèwèyhi (765/796), El Moubèrrad (825/899), etc.

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