Le sens étymologique inapproprié d’un terme est-il une raison pour le délaisser ?
Analyse étymo-lexico-sémantique
هل المعنى الجذري السلبي للفظة ما يُسوِّغ إهمالها؟
Is the inappropriate etymological meaning of a term a reason to abandon it?
Version corrigée et augmentée
DR ABDERRAHMANE AYAD
Maitre de conférences en sciences du langage
UNIVERSITE DE JIJEL
Un PDF de cette version est téléchargeable sur: https://t.me/Linguistiqueetislam/616

Le sens étymologique d’un terme religieux n’a plus d’effet ni de valeur s’il est tombé en désuétude ; c’est-à-dire qu’il n’est plus en usage.
Les langues évoluent avec le temps, leurs lexiques, donc les mots dans toutes leurs catégories, évoluent également. Ils se transforment, se modifient, se muent et changent sur les deux plans de la forme et du sens.
Ainsi, un sens étymologique tombé de l’usage communautaire d’une langue donnée, la langue française par exemple, n’aura plus aucune influence de sens dans la communication ou dans le discours, autant à l’écrit qu’à l’oral. Il ne sera plus désormais qu’un témoin sur la mémoire du mot, sur son histoire. Il fournit des renseignements sur son origine, sa naissance, sa formation, comment, quand et d’où est-il venu ? de quelle-s langue-s et à quelle-s époque-s.
L’étymon, qui est la racine du mot étudiée par l’étymologiste informe sur le sens utilisé autrefois, soit dans sa langue d’origine, la langue donneuse, soit dans les débuts de son existence dans la langue réceptive ou emprunteuse.
L’étymologie est la discipline qui a pour objet l’étude de l‘origine des mots d’une langue. Dans son travail, l’étymologue donne des indications étymologiques concernant le mot à étudier.
L’étymologie est l’étude dont l’objet est l’origine et l’histoire des mots dans une langue, et la reconstitution de leurs étymons. L’étymologie donne au chercheur des informations sur la naissance d’un mot, sa généalogie, son évolution, son sens de départ, donc le sens premier ou étymologique, etc. (A. Ayad, Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, 184, 2025).
La langue française est une langue gréco-latine ; elle dérive du grec et du latin. Raison pour laquelle le lexique français puise en majorité ses racines du grec et du latin. Ces deux langues qui sont mortes, car elles ne sont plus parlées usuellement, sont la matrice des mots religieux français devenus des termes. Les radicaux ou étymons de beaucoup de ces termes comportaient jadis dans ces langues des acceptions qui transgressent la croyance islamique.
Autrement dit, si on examine, par exemple, l’étymon d’un mot comme paradis, (venu en français depuis le latin chrétien paradisus et que le latin même a emprunté au grec paradeisos, désignant alors parc clos où se trouvent les bêtes sauvages et employé seulement à propos des parcs des rois et des nobles perses ), on se rendra compte que cette définition gréco-latine demeure incommensurable avec le sens du terme paradis tel qu’il est d’usage en islam. Il n’y aucun rapport de sens entre eux. La notion étant bien évidemment incongrue pour qualifier un Haut Lieu au Ciel, qu’Allâh a réservé aux croyants. Sachant, par ailleurs, que le grec a emprunté le mot au persan paridaisa, où il signifiait « enclos du seigneur » . Remarquons en outre que le grec et le latin ont modifié le sens perse en exprimant une notion entièrement différente.
Or, cette définition gréco-latine indiquant le sens étymologique du terme paradis n’est plus attestée dans l’usage contemporain. Voire, ce sens est tombé de l’usage depuis que la Bible grecque et à sa suite la Bible latine aient employé paradis pour traduire la notion de « jardin des bienheureux après la mort » pour la première, et « jardin merveilleux donné par ‘’Dieu’’ à Adam et Ève au moment de leur création » pour la seconde.

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