« L’emprunt ancien est consacré et devient partie intégrante de la langue. Il va ainsi des mots français bazar (persan) ; café (turc), tomate (nahuat), véranda (hindi), wagon (anglais), spaghetti (italien), robot (tchèque), junte (espagnol), etc. On constate qu’il y a adaptation à la langue d’accueil (emprunt adapté) au minimum sur les plans phonologique et phonétique (le mot anglais football est prononcé de manière conforme au système phonique français) ; il peut y avoir aussi un ajustement morphologique (…) Une fois adopté par la langue, un emprunt peut donner lieu à des dérivations (bazarder, cafétéria, robotique). »
Et c’est là justement que s’affichent tous les critères de francisation linguistique d’un mot emprunté, où celui-ci perd ses traits morphosyntaxiques de la langue source et épouse ceux de la langue emprunteuse. Ce sont ces traits mêmes qui sous-tendent la constitution de la famille du mot d’emprunt. Critères d’une totale installation dans cette langue. Jean Dubois et coll., mettent ce point en exergue par ces termes :
« Le stade ultime de l’installation est l’emprunt proprement dit : le mot est versé au vocabulaire français, et peut par exemple entrer dans des processus de dérivation et de composition. »
Ils ont par la suite fixé trois critères d’intégration entière d’un emprunt dans la langue que sont :
a) Le critère phonologique.
b) Le critère morphosyntaxique : un emprunt pleinement intégré peut devenir formant de base de dérivation.
c) Le critère sémantique : l’insertion se manifeste également par des changements de sens, par déspécialisation du sens restreint de l’emprunt. L’emprunt comporte en effet une forme de restriction sémantique par rapport au mot de la langue d’origine. Lorsque la francisation est complète, l’emprunt peut élargir son extension : black-out emprunté à l’anglais dans le sens restreint de « camouflage des lumières contre les attaques aériennes » n’est plus réservé à ce sens : on peut faire le black-out sur une affaire politique ou financière.
Donc pour l’emprunt islam qui nous occupe, la restriction du sens ne l’a pas quitté, car elle est en décalage avec son intégration phonologique et morphosyntaxique. Le sens de cet emprunt quatre fois centenaire est stagné à la définition étymologique, tel que nous l’avons signalé plus haut.
Le corpus, pour sa part, dans les définitions recueillies des différentes occurrences, attribue à ce mot plusieurs sens renvoyant aussi bien à l’étymon, la base dans laquelle il est construit, qu’à ses formes dérivationnelles en langue arabe, dont celle de l’homme adepte de cette religion. Il s’agit d‘une extension du sens très exprimée, mais gravitant tout autant dans la notion de religion.
Parmi les sens enregistrés, nous citons les trois ci-dessous :
S.1 : Lumière venant du Seigneur de l’univers.
S.2 : Seuls les gens épanouis spirituellement le (l’islam) suivent.
S.3 : Religion parachevée et agréée.

Cette courte analyse rend en fait compte des modifications de sens que les lexicographes opèrent sur les mots empruntés au registre islamique. L’effet idéologique ou religieux chrétien peut en effet être à l’origine d’une telle manipulation.
Références bibliographiques
CALVET, Louis-Jean, La guerre des langues et les politiques linguistiques, Hachette Littératures, Paris, 1999.
DUBOIS, Jean, et coll., Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, Larousse, Paris, 1994.
ESSONO, Jean-Marie, Précis de linguistique générale, L’Harmattan, Paris, 1998.
Hamidullah Muhammad, Le Noble Coran et la traduction en langue française de ses sens, Complexe du roi Fahd, Médine, 1998, l’introduction.
Le TLF (Trésor de la langue française), disponible en ligne sur : https://www.cnrtl.fr/
MOREAU, Marie-Louise, Sociolinguistique, concepts de base, Mardaga, Liège, 1997.

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