Si l’on prend la vingtaine de passages du Cours de linguistique générale et de ses Sources manuscrites publiées par Godel où Saussure baptise et définit à larges traits la future sémiologie, on voit naitre une tradition de tous les systèmes de signes (ou de symboles) grâce auxquels les hommes communiquent entre eux. Les exemples allégués eux-mêmes (écriture, alphabet des sourds-muets, signaux militaires ou maritimes) sont explicites. Toutefois, les allusions qu’il fait aux rites symboliques, aux formes de politesse, à la pantomime, aux coutumes, à la mode ꟷ toujours assorties de beaucoup de réserves ꟷ contenaient peut-être le germe d’une coupure dans cette sémiologie qu’il esquissait, surtout si l’on prenait comme assuré ce qu’il n’avançait que comme une hypothèse à vérifier : l’appartenance à la sémiologie, de plein droit, de ces dernier systèmes. Du côté de ce qu’on pourrait nommer la sémiologie des linguistes, tous pos-saussuriens, Troubetzkoy, Buyssens, Martinet, Prieto, ont accentué fortement le caractère du langage comme système de communication, qui n’était qu’implicite dans le Cours. Ils ont constitué, surtout Buyssens et Prieto, les baes solides d’une sémiologie qui serait d’abord la description du fonctionnement de tous les systèmes de communication linguistique, depuis l’affiche jusqu’au code de la route, depuis les numéros d’autobus ou de chambres s’hôtel jusqu’au code maritime international des signaux par pavillons. Mais Buyssens et Prieto se sont aperçus les premiers ꟷ même avant l’intéressé ꟷ que ce que Roland Barthes appelait sémiologie, 1956, dans Méthodologies, puis dans les Éléments de sémiologie en 1964, était tout autre chose. Barthes lui-même en effet semble persuadé que ses premières études sur les mythes e sont qu’ « un fragment de cette vaste de science des signes que Saussure a postulé […] sous le nom de sémiologie. (Méthodologies, p. 217). Six ans plus tard il définit toujours la sémiologie, dans le cadre de laquelle il insère ses « Éléments », comme « la science de tous les systèmes de signes » (Communication 4, p. 92). Et les références de Saussure continuent de foisonner sous sa plume. Mais Buyssens aperçoit nettement que « cette école française penche pour une conception modifiée de la sémiologie : « La linguistique n’est pas [dit Barthes] une partie, même privilégiée, de la science générale des signes, c’est la sémiologie qui est une partie de la linguistique : très précisément cette partie qui prendrait en charge les grandes unités signifiantes du discours ». Cette citation de Barthes est en effet cruciale. Et Buyssens en conclut justement que, « ainsi conçue, la sémiologie s’approprie un domaine qui, jusqu’à présent, relevait de la stylistique ou de l’exégèse littéraire » (La communication et l’articulation linguistique, p. 13-14). (G. Mounin, Introduction à la sémiologie 1970 : 11-12).
Sémiotique
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Différentiellement de la sémiologue*, la sémiotique en est la version américaine qui a étendu le champ d’expertise des études sur les signes non seulement linguistiques mais aussi extralinguistiques. La sémiotique s’intéresse de ce fait à tous les signes qui entrent dans l’acte de communication. Or, le plus souvent, cette distinction se trouve mise à l’écart ; les deux termes sont ainsi généralement employés comme deux synonymes interchangeables, avec une fréquence d’utilisation plus importante de la sémiologie.
Dr Abderrahmane AYAD,
Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, Sciences et pratique, Béjaia, 2025, pp. 264-368.
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